Toronto, Canada —
Les activistes de Greenpeace se sont réunis aujourd’hui devant les édifices du Parlement à Ottawa pour manifester leur colère face à la position que compte adopter le premier ministre Stephen Harper sur le chalutage de fond au cours des discussions qui auront lieu cette semaine aux Nations-Unies sur la gestion des pêches en haute mer.
Habillés en poisson, pieuvres et autres créatures de fond de mer, les manifestants ont brandi des bannières sur lesquelles on pouvait lire "Honte à Harper” et ont demandé au premier ministre de cesser de se faire complice de la destruction des océans de la Terre et de soutenir le moratoire sur la pêche au chalut dans les eaux internationales.
« La semaine dernière, la politique du gouvernement sur Kyoto a jeté l’opprobre sur tous les Canadiens à l’échelle mondiale et cette semaine le gouvernement continue de nous faire honte avec le chalutage de fond », a déclaré Bruce Cox, directeur exécutif de Greenpeace Canada. « Le nouveau gouvernement du Canada s’impose rapidement sur la scène mondiale comme récidiviste en matière d’environnement. Le premier ministre Harper a eu l’occasion de démontrer sa bonne volonté en matière d’environnement, mais encore une fois, il choisit de placer les intérêts financiers de quelques privilégiés devant les préoccupations environnementales du plus grand nombre. Honte à Harper! »
Les états membres des Nations Unies reprendront le vendredi 17 novembre à New York les pourparlers pour un projet de moratoire sur le chalutage de fond, en préparation á l’Assemblée générale de l’ONU en décembre. Le Canada se joint à l’Espagne, au Japon et à la Russie pour s’opposer au projet de moratoire, malgré un appui grandissant provenant d’alliés pourtant improbables comme les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni et malgré le fait qu’il n’y a pas de chalutiers canadiens en haute mer.
Le chalutage de fond est une méthode de pêche qui consiste à traîner au fond des oceans d’énormes filets très lourds, des plaques de métal et des roues de caoutchouc, ramassant du coup tous les poissons et crustacés et écrasant les coraux, éponges et tout ce qui se trouvent sur leur passage. Le moratoire proposé arrêterait temporairement le chalutage de fond jusqu’à l’élaboration de plan de gestion précis pour les eaux internationales.
« Le raisonnement mis d’avant par le premier ministre Harper, à savoir qu’il est impossible de mettre un moratoire en application, est tout à fait sans fondement, » continue M. Cox. « Les entreprises qui feraient du chalutage de fond en infraction à un moratoire feraient face à diverses sanctions, notamment se retrouver sur une liste noire, se voir refuser le permis de pêche dans leurs eaux nationales et être bannis des ports. Pour que l’application soit efficace, il ne suffit qu’un peu de volonté politique et une force motrice internationale. »
La pression sur le gouvernement canadien n’a cessé de monter au cours des dernières semaines, alors que plus de 10 000 personnes du Canada et du monde entier ont envoyé des courriels au premier ministre pour lui demander avec insistance qu’il change sa position et appuie le moratoire. L’administration Bush a signé en faveur du moratoire et plus de 1 500 scientifiques partout dans le monde ont demandé que soit imposée une pause immédiate sur cette pratique destructive.
Le gouvernement Harper continue pourtant de s’opposer au moratoire et c’est véritablement inquiétant à la lumière des résultats d’une étude rendue publique ce mois-ci, réalisée par le professeur Boris Worm de l’Université Dalhousie qui indique que les stocks de poissons sauvages pourraient être épuisés d’ici 2048 si nous maintenons nos méthodes de pêche actuelles. Greenpeace exhorte le premier ministre à apprendre de nos erreurs passées avec la pêche à la morue et d’opter pour une façon de faire préventive et écologique. Sinon, nous nous dirigeons tout droit vers l’effondrement des pêches dans le monde.